Pendant des décennies, les risques de la Dépakine étaient connus pour les femmes enceintes. Une étude majeure publiée en novembre 2025 par le groupement EPI-PHARE — réunissant l’ANSM et la Caisse nationale d’assurance maladie — change la donne : elle confirme que l’exposition paternelle au valproate de sodium dans les quatre mois précédant la conception est associée à un risque accru de troubles neurodéveloppementaux chez l’enfant. Un nouveau front s’ouvre, et les premières procédures judiciaires sont désormais engagées.
Une étude à grande échelle qui confirme le risque paternel
L’étude EPI-PHARE a porté sur environ 2,8 millions d’enfants nés en France entre 2010 et 2015, dont 4 773 nés d’un père traité par valproate pendant la spermatogenèse. Parmi ces enfants exposés, 583 présentaient au moins un trouble neurodéveloppemental : 149 cas de TDAH, 77 troubles du spectre autistique, 42 troubles du développement intellectuel, 294 troubles de la communication et 160 troubles des apprentissages. Le risque de troubles du développement intellectuel est doublé chez les enfants de pères sous valproate, selon les résultats. Ces chiffres ont conduit la France à instaurer dès janvier 2025 de nouvelles mesures de précaution pour les hommes traités.
De nouvelles mesures en France depuis 2025
Face à ces données, la France a adopté depuis le début 2025 des mesures inédites pour les hommes sous valproate : la prescription initiale est désormais réservée aux neurologues, psychiatres et pédiatres ; une attestation annuelle d’information partagée entre le patient et le prescripteur est obligatoire pour obtenir la délivrance du traitement en pharmacie. Ces mesures reconnaissent implicitement que le risque lié à l’exposition paternelle était identifiable bien avant et que l’information aurait dû être transmise plus tôt.
Le premier « papa Dépakine » saisit la justice
Jean-Marc Laurent est le premier « papa Dépakine » à avoir déposé plainte contre X, en raison des troubles neurodéveloppementaux de sa fille qu’il relie à sa prise de valproate avant la grossesse de sa femme. Sa plainte, relayée par l’association APESAC, soutient que le laboratoire titulaire de l’autorisation de mise sur le marché et l’ANSM ont tardé à informer des risques pourtant identifiés depuis le début des années 2000. La mention des troubles neurodéveloppementaux liés à l’exposition paternelle n’a en effet été intégrée dans la notice du médicament qu’à partir de 2025.
Un vide juridique à combler : l’exclusion des enfants de pères du dispositif ONIAM
Aujourd’hui, le dispositif d’indemnisation de l’ONIAM dédié à la Dépakine ne s’applique qu’aux enfants nés d’une mère traitée pendant la grossesse. Les enfants de pères Dépakine en sont entièrement exclus. L’association APESAC et plusieurs parlementaires réclament l’extension du dispositif à ces victimes, en dénonçant une « iniquité intolérable » entre deux catégories d’enfants exposés au même produit.
Que faire si vous êtes concerné en tant que père ?
Si vous avez été traité par valproate de sodium dans les mois précédant la conception d’un enfant qui présente aujourd’hui des troubles neurodéveloppementaux, vous pouvez désormais envisager une action en responsabilité. La voie judiciaire reste à ce stade la seule disponible, le dispositif ONIAM ne couvrant pas encore ces situations. Il est essentiel d’agir rapidement, de rassembler les éléments médicaux documentant le traitement et les troubles de votre enfant, et de consulter un avocat spécialisé en dommage corporel pour évaluer les possibilités d’action.
Maître Anne Gibelin suit avec attention l’évolution de ce dossier et accompagne les familles confrontées à cette situation. N’hésitez pas à prendre contact avec le cabinet pour un premier échange sur votre situation.